Avec Nomads’ Land, Guillaume Holzer déploie une série photographique au croisement du
documentaire et de la poésie visuelle. Réalisé en 2019 au cours d’un séjour d’un cycle lunaire
dans le village de Mesa, en mer de Flores, près de Komodo, ce travail nous transporte au cœur
d’une cité flottante de près de 4 000 habitants, où cohabitent Bugis et Bajau, populations
austronésiennes sédentarisées depuis les années 1950.
Son regard saisit des fragments de vie où l’ancrage au réel se double d’une sensation de
suspension, entre mémoire, disparition et intemporalité. La série met en lumière le drame
contemporain des Bajau: l’apatridie, la sédentarisation contrainte, et l’effondrement d’un
mode de vie millénaire sous les pressions politiques, économiques et environnementales. À
cela s’ajoute une crise écologique profonde dans le Triangle de corail, où les pratiques de
pêche destructrices ont appauvri l’une des régions marines les plus riches en biodiversité au
monde.
Mais le travail de Guillaume Holzer ne se limite pas au constat. Il rend aussi visible la cosmologie
des Bajau, pour lesquels l’océan demeure une entité vivante. Et il prolonge ce propos jusque
dans sa forme: il conçoit lui-même ses émulsions et les applique à la main sur différents
supports. Les aspérités de la surface, les accidents de la matière font de chaque tirage une
présence unique. La photographie devient trace, dépôt, mémoire incarnée.
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